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LA FACE CACHEE DU
ROCK VISUEL |
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Jpop Trash n'a toujours eu que le plus profond des mépris pour le rock
visuel. Depuis le début, nous en avons fait notre cible favorite et tout
le monde devait y passer, aussi bien les artistes que les fans.
Portrait,
fausses
interviews, propos véridiques de tarés fanatisés dans
fan
de... etc. Nous nous sommes toujours donnés comme priorité de nous
mettre les doigts dans la gorge le plus souvent possible afin de dégueuler
sur ce mouvement, et de le montrer comme ce qu'il était réellement: un lot
de pantins travestis braillards livrés en pâture à des paumés sourdingues.
Cela nous a valu haine et menaces de mort de la part des fans et, bien
évidemment, notre succès.
Mais il manquait quelque chose dans notre oeuvre de destruction massive,
quelque chose qui montrerait concrètement que le rock visuel n'est rien
d'autre qu'une merde commerciale fabriquée de toute pièce, quelque chose
qui provoquerait un suicide collectif des (rares) fans encore actifs,
quelque chose qui enfoncerait définitivement les clous du cercueil de
Hide. Et nous l'avons trouvé!
Tombant sur une interview d'un ancien professionnel japonais d'un label
visuel, dévoilant sous anonymat certaines méthodes employées par les
labels dans les années 90, nous avons décidé de la traduire en français et
de la publier. Un peu de fond au milieu de toutes nos blagues idiotes.
Nous pensons sincèrement que cette interview tuera pour de bon
l'engouement restant des quelques imbéciles fans de ce mouvement. Et pour
ceux qui penseraient que nous avons écrit nous-mêmes cette interview, nous
vous donnons le lien de l'original,
ici.
Vous avez été, ou êtes toujours, fan de rock visuel? Vous pensez que c'est
du super rock? Qu'il y a de la créativité? De l'originalité? Vous avez
adoré leurs chansons? Vous avez pleuré de bonheur aux concerts? Vous vous
êtes ruinés dans des Cd, goodies, DVD et autres posters? Vous avez monté
une association pour faire venir Gackt chez nous? Vous êtes un mec et vous
vous êtes maquillés et avez porté des robes pour leur ressembler? Vous
vous êtes touchés devant une photo de Kyo? Nous vous plaignons car, en
plus d'être des cons, vous avez été manipulés de A à Z.
Avant d'attaquer l'interview, il convient dans un premier temps de
présenter trois aspects qui caractérisent l'industrie du disque au Japon.
1er aspect : l'exclusivité.
L'argent ne suffit pas pour promouvoir un artiste. Prenons par exemple le
cas de la société Johnny's Entertainment, plus grande usine à boysbands de
l'archipel. Si leurs artistes passent à la télé dans une émission de
divertissement, il vous sera impossible d'imposer un boysband concurrent
dans la même émission sous risque d'être boycotté à vie par le groupe
Johnny's. Ce genre de comportement digne d'une mafia est la norme dans ce
milieu et la société Johnny's y excelle. Les relations qui existent entre
les agences d'artistes et les médias expliquent pourquoi souvent tel
artiste passera sur une chaîne et pas une autre.
2e aspect : la maison de disques est le seul
décideur.
Les artistes ne sont pas seulement des musiciens. Ils vendent aussi une
image. Rien n'est le fruit du hasard. Leurs instruments, leur coupe de
cheveux, leurs vêtements... Tout est le fruit d'une stratégie de la maison
de disque qui négocie avec des marques. Les artistes ne décident de rien.
On leur fournit les instruments de musique « personnalisés » pour
privilégier une marque associée, il en va de même pour les vêtements. Les
artistes ne font que se produire là où on leur dit. De toute façon,
l'industrie du disque est tellement verrouillée qu'il est impossible de
percer sans se soumettre au système. Ainsi, les gens prêts à tout pour se
faire connaître dans la chanson acceptent de se soumettre à une maison de
disque déjà en place. Ils acceptent de faire ce qu'on leur dit, y compris
de s'habiller de manière ridicule ou d'interpréter des airs merdiques.
3e aspect : cacher le monopole au public.
Ce que le public voit, ce sont de nombreux labels, ayant chacun leur thème
musical, leur style, leurs artistes phares. Derrière cette diversité, se
cache une réalité bien différente. Ces labels sont tous la propriété d'une
poignée de maisons de disques mères, et s'il s'agit de labels indépendants
ayant sous leur aile des artistes potentiellement rentables, ils ont vite
fait d'être rachetés par ces mêmes maisons de disques. Tous ces petits
labels, souvent régionaux, servent de rabatteurs pour les grosses maisons
de disques qui finissent toujours par s'accaparer les artistes qu'elles
veulent.
INTERVIEW
Peux-tu nous présenter les
coulisses du milieu Visuel ?
Yoshiki du groupe X-Japan, est connu pour être la grosse pointure du
milieu. Il est le plus gros producteur et règne de loin sur le Visuel
depuis sa résidence en Californie, mais en pratique, c'est Dynamite
Tommy, du label Free-Will qui fait la pluie et le beau temps dans ce
milieu.
Oui mais il vient d'une maison concurrente,
non ?
Absolument. En fait, leur collaboration date du milieu des années 80.
Yoshiki, en tant que batteur du groupe X-Japan a influencé et conseillé
les autres artistes se réclamant du Visuel. X-Japan était la référence
du genre, ce qui fait de Yoshiki un acteur incontournable, même de nos
jours. Cependant, Yoshiki est originaire du Kantô alors que Tommy est du
Kansai. Rapidement, leur rivalité a fait place à un partenariat
profitable aux deux parties, chacun gérant le business de l'autre dans
la région où il est le moins présent. A eux deux, ils ont monté le
business du Visuel, puis ont été rejoints par un troisième larron,
Yasuhiro, lequel possède des salles de spectacles et des maisons de
disques.
Yoshiki et Dynamite Tommy
n'ont pas essayé de sortir Yasuhiro ?
Non. Ce sont des amis et des partenaires.
Généralement, les rivaux se détestent.
C'est une façon très occidentale de voir les choses, mais dites-vous
que lorsqu'un producteur fait tout pour développer le visuel, vous y
gagnez aussi puisque cela crée une demande à laquelle vous répondez
aussi. Et voilà comment ils se sont retrouvés à 3 à dominer le marché.
Que sont devenus les groupes Visuel qui
n'étaient pas en relation avec le trio ?
Ils se sont fait bouffer. Ces trois acteurs principaux peuvent lancer
autant de labels qu'ils le souhaitent. Pour que le label créé ne coûte
rien, ils le mettent en faillite, ce qui permet au label de ne pas être
imposable. Ils font et défont des labels à volonté dans ces conditions.
Ensemble, ils ont la main mise sur tout le business Visuel, et peuvent
accorder des autorisations à ceux qui veulent lancer leur propre label
visuel. Dans chaque groupe, il y a toujours un type plus malin que les
autres, qui veut réussir et tenter un jour de lancer son label.
Qu'entendez-vous par « autorisation » ?
Et bien, si vous voulez monter votre propre affaire, il vous faut le
consentement de la maison-mère. Sans l'accord des trois acteurs dont je
vous ai parlés, il existe un risque de se voir boycotter. Cette
autorisation a une contrepartie. Votre label s'engage à couvrir les
activités des groupes des grosses maisons dans son propre secteur.
Pour monter son propre label, doit-on financer
soi-même ou faire appel à la maison mère ?
Les deux à la fois. Une partie est à votre charge, le reste est
emprunté à la maison mère. Cette dette fait de vous un employé débiteur
de la maison mère, même si vous êtes officiellement directeur de votre
label.
Que signifie le terme "producteur" dans ce
milieu ?
Dans le milieu musical, c'est la personne qui compose les chansons et
écrit les textes. Elle a les droits sur les œuvres. Le producteur a des
responsabilités énormes puisqu'il est le cœur du groupe, choisit les
musiciens, décide du concept et de son évolution. Il gère toute la
partie créative et c'est la raison pour laquelle la majorité des
producteurs prend de la drogue.
Afin d'être créatif ?
Non, parce qu'ils doivent tenir malgré le manque de sommeil.
Et dans votre label, le producteur gérait
combien de groupes ?
Oh, une dizaine, je dirais.
Et chacun d'entre eux sort un album par an ?
Bien plus.
Alors ça donne quoi un producteur camé ?
On se rend compte que le gars est constamment sous l'influence d'un
produit, que cela soit de l'alcool, du café ou bien des amphétamines....
Pour moi, qu'il arrive à garder les idées claires, tient d'un miracle.
En fonction des doses, on comprend plus ou moins ce qu'il nous dit...
Il compose sur une portée ou bien il fait tout
par ordinateur ?
Tout se passe dans son studio. Il enregistre avec sa guitare et quand
il a terminé, il donne ses instructions au groupe pour qu'ils jouent la
nouvelle chanson à sa manière et non pas comme les musiciens pourraient
avoir envie de la faire. Il y a des groupes avec suffisamment
d'expérience pour composer eux-mêmes. Dans ce cas, le producteur fait
juste quelques arrangements ou bien écrit les paroles, mais cela ne
concerne qu'une minorité de groupes. Dans la plupart des cas, ils ont à
peine 17 ou 18 ans, issus de bandes de jeunes rebelles ou marginaux et
ne savent pas du tout composer. Livrés à eux-mêmes ils seraient
complètement désemparés. De toute façon, s'ils étaient intelligents, ils
n'accepteraient même pas de signer un contrat avec de tels labels. En
général, ils ne sont ni capables d'appréhender une interview ou de
mettre en place une tournée nationale, et même s'ils en avaient le
niveau, seuls, ils n'ont pas accès au réseau des artistes pro.
Je vous explique le truc. Si vous êtes un groupe sans label et que vous
voulez jouer dans une salle, vous vous retrouvez à passer des auditions
dans toutes les salles de la ville. Dans le meilleur des cas, un gérant
de salle a pitié de vous et vous donne une chance en vous mettant sur
scène un samedi soir. Vous devenez son débiteur et ne pouvez plus jouer
que là. C'est un contrat non écrit qui relève plus des méthodes
mafieuses. Alors que si vous êtes déjà sous label, vous n'avez pas à
négocier, le label gère tout, de vos interviews à vos concerts. Il va
jusqu'à vous écrire les petits mots gentils et plaisanteries que vous
sortez sur scène entre deux chansons. Bref, le label gère tout, comme
une petite maman. Dans ces conditions, que valent vos prétentions
salariales après tout ce qu'on a fait pour vous ? Cela vaut pour tous
les labels nationaux et même la pop occidentale.
Ah oui, j'oubliais. Sur les CD, vous avez les crédits. On vous dit le
guitariste a fait ci, le chanteur a fait ça... C'est du pipeau pour
faire plaisir aux fans. Toutes les royalties vont au producteur et à la
maison de disques. Vous imaginez combien ça rapporte si le producteur
écrit pour un groupe assez célèbre ?!
Comment ça s'est passé la première fois que
vous vous êtes présentés dans le bureau du directeur ?
On avait en fait 4 ou 5 bâtiments avec chacun une fonction différente
: un studio d'enregistrement, un studio de création des costumes, un
studio de création graphique, un bâtiment administratif du label, etc...
Les producteurs courent dans tous les sens entre ces bâtiments car ils
sont les seuls décisionnaires.
Il n'y a pas un directeur de label ?
En fait, pour ce qui est des petits labels régionaux, ils
appartiennent à des producteurs. Il existe des directeurs pour les
labels plus importants : ceux-ci ont des idées de concept de groupes, de
campagnes promotionnelles mais concrètement ce sont les producteurs qui
ont pour tâche de tout mettre en place et c'est là que ça pose problème.
Les membres des groupes étant pour la plupart des bad boys, ex-mafieux,
rebelles et autres marginaux qui ont parfois des casiers judiciaires,
ils ne sont pas suffisamment doués. Ils sont tout sauf des autodidactes.
Dans la plupart des cas, c'est leur premier emploi sérieux.
Que doivent-ils faire ?
Ils se retrouvent à faire des tâches de bureau et parfois même du
travail de staff technique, en cas de pénurie. Bref, le label s'occupe
de tout mais en contrepartie ils doivent faire TOUT ce qu'on leur
demande, et quand je dis tout, je ne parle pas uniquement de travail de
bureau. Vous comprenez maintenant pourquoi c'est sous anonymat que je
réponds à cet entretien.
Aux Etats-Unis, pas mal de gens dans la mafia
déclarent des emplois fictifs pour les membres de leur famille et leurs
amis histoire que si le fisc se pointe, ils puissent dire qu'ils se sont
payé cette voiture avec leur salaire. Est-ce que c'est le genre de
pratiques avec l'industrie du disque nippon ?
Pas du tout. On n'est pas dans le cas d'une société vitrine. Tout le
monde est employé et travaille, mais ils ont tous une deuxième activité
sans rapport avec le label. Je connais un disquaire qui utilise son
local pour son activité de détective. D'autres font dans le pachinko, le
karaoké, l'immobilier, l'investissement en capital-risque etc... Allez
savoir ce qui se passe dans l'arrière-boutique.
C'est quoi ces histoires de fausses faillites?
Jusqu'où les labels sont capables de tremper ?
Cela va jusqu'au blanchiment d'argent, bien sûr.
Concrètement?
Cela veut dire que si vous êtes un mafieux avec un million de dollars,
vous pouvez pas dépenser votre argent comme ça. Il est sale. Vous prenez
le risque de vous faire arrêter. Il vous faut donc investir votre
capital dans un business légal, idéalement dans un secteur rentable qui
brasse du liquide, ce qui vous donne l'occasion de laver votre argent
tout en dissimulant vos profits dans un business légal.
Un peu comme si je vendais 1000 CD à 10$ mais
que je déclarais en avoir vendu 4000 ? 3000$ passerait de ma caisse
noire à mon compte bancaire. C'est ça ?
C'est pour les petits joueurs, ça. A notre niveau, n'oubliez pas que
les labels ne font pas que de la musique. Ils peuvent ramasser la
monnaie depuis tous les départements qu'ils ont créés : studio
d'enregistrement, studio de création graphique, magazine papier, studio
mode... Il suffit de gonfler les factures. Par exemple, vous enregistrez
un album en tant que propriétaire du studio et du label. L'album vous
coûte 10000$, mais le studio fait une facture de 20000$ au label. Vous
rentrez chez vous avec 10000$ en poche. Vous multipliez ça par le nombre
de contrats existants dans l'industrie du disque. D'ailleurs Dynamite
Tommy a été arrêté et jugé pour ce genre de fraude en 2007. Il avait
réussi à détourner 2,8 millions de dollars.
A la limite, on peut dire que c'est juste une
arnaque interne puisqu'ils possèdent le studio et le label, non ? C'est
pas comme s'ils avaient roulé leurs actionnaires.
La technique consiste à faire que le label perde de l'argent pour
qu'il ne soit pas imposable. L'argent qui n'est pas dépensé dans le clip
ou l'enregistrement studio va dans leur poche. C'est tout de même une
fraude fiscale.
Changement de sujet. En privé, comment les
groupes parlent-ils de leurs fans ?
Oh ben là, on a eu pas mal de fous rires. C'est une compétition pour
savoir quel groupe aura le fan le plus taré.
Vous voyez les fans comme des gens cool, sexy
ou complètement craignos ?
Tout ça à la fois. Cela dépend des fans, en fait. Parfois, il arrive
que des musiciens tombent amoureux d'une fan. Une chose est sure, il y a
de la frustration dans l'air. Au début, les groupes rêvent d'avoir des
fans et feraient tout pour en avoir. Une fois qu'ils ont un gros fan
club ils s'en lassent car ils ne les trouvent pas très intéressants. Ces
fans ne parlent que du groupe, sont des no-life, sont parfois effrayants
et peuvent devenir agressifs. Il y a ces groupes de filles traînant
devant la salle avant les concerts. Elles se font des délires avec des
chorégraphies synchro, elles essaient de s'échanger des secrets sur la
vie du groupe. Parfois, elles s'en prennent à d'autres groupes de filles
sous le prétexte que ce ne sont pas de vraies fans.
Est-ce qu'il y a un groupe connu pour avoir
des fans violents ?
Oh, la plupart ont leurs ultras. Le titre de « groupe qui a les pires
fans » change chaque année. Ceux qui me viennent à l'esprit sont Mirage,
Malice Mizer et Kuroyume.
Est-ce qu'éventuellement des fans pourraient
s'en prendre à leur groupe ?
Rarement. Quand cela arrive, cela vient de fan-clubs féminins qui ont
lancé une cabale contre un groupe rival de leur groupe chéri. Dans le
milieu, on les appelle les anti-fans. C'est une spécificité du Visuel.
Les autres labels indépendants n'ont pas ce problème. Cela commence par
un post sur un forum où elles crachent tout leur venin contre le groupe,
ensuite ça déborde sur le forums des fans avec des menaces de mort. Il y
a eu quelques bastons. Pas venant des anti-fans, puisqu'elles ne sont
pas prêtes à payer pour venir au concert d'un groupe qu'elles détestent,
mais des fans entre eux pour mettre fin à des dilemmes du genre « qui
est le meilleur fan » ou « qui a réellement su comprendre le concept du
groupe ».
Pourriez-vous m'en dire plus sur le mur érigé
entre les fans et le groupe, par le label lui-même ?
Ils interdisent aux fans toute photo, tout enregistrement audio, tout
échange avec le groupe, sauf en boutique, là où le fan paie cash. La
priorité du label consiste à garder le mythe du groupe intact.
Vous voulez dire que si un membre du groupe
laisse échapper qu'il bosse de nuit au combini du coin ou dans un
pachinko, c'est son profil de super vampire bisexuel de l'espace venu du
XVIIe Siècle qui en prend un coup ?
C'est tout à fait cela.
Tout est basé sur la frustration sexuelle des
jeunes fans. Plus elles sont frustrées, plus elles dépenseront. Alors,
comment agit le label pour renforcer cette frustration ?
La technique n'est pas uniquement limitée au Visuel. Cela consiste à
sortir des produits en version collector. Tout produit « en édition
limitée » incite à l'achat, du genre, on sort un photobook limité à 300
copies qui ne sera plus jamais mis en vente après ça. Il arrive aussi
qu'on fasse cadeau de CD du groupe en train de parler avec des fans.
Vous vous souvenez de Velvet Eden, avec sa
drag-queen aux ongles de vampire et aux ailes de chauve-souris ?
Oui, le gars est graphiste maintenant, chez Free-Will en plus.
Je me souviens à l'époque, j'avais été choqué
parce que leurs costumes laissaient apparaître des poils pubiens.
Hein ? Je m'en serais souvenu ! Dans le visuel, il n'y a pas
de sexe bien établi. Les personnages sont androgynes, sensuels, ambigus.
L'idée est de les rapprocher du statut de créatures magiques. Donc, les
poils pubiens, ça va trop loin.
On apporte aux fans du rêve. Ces groupes sont sexy mais ils ne sont pas
sur le même plan d'existence. Ils n'ont pas les soucis de simple
mortels. Les fans veulent des créatures supérieures sorties de contes de
fées. Voilà pourquoi on abuse du maquillage et des coiffures. La mélodie
importe peu.
Après vos prestations sur scène, il y a un
after ?
Oui, il en existe même deux types. Le premier after est public et
consiste à se retrouver à la fin d'une tournée dans un pub loué pour la
nuit en petit comité restreint : les musiciens et une sélection de fans
classés comme « clean ».
Et comment vous faites pour les distinguer ?
Croyez-moi, on sait faire. Les histoires de fans circulent entre les
groupes. Dès que les groupes ont un peu de temps libre, ils ne font que
de parler de leurs pires fans. D'autre part, ils se fient aux
questionnaires qui ont circulé parmi le public. Au début, les groupes
ont si peu de fans qu'ils peuvent les compter et se souvenir de leur
nom.
Vous invitez aux afters vos fans de la
première heure pour les remercier de vous avoir soutenus lorsque vous
n'aviez pas encore de renommée ?
Non, surtout pas. Les premiers fans sont les plus dangereux. Ils
voudraient nous garder pour eux et ne sont pas prêts à nous partager
avec les fans les plus récents, qui eux, font vivre le label. Ils sont à
l'origine des agressions. Etant donné ce que les fans dépensent pour
pouvoir être de l'after, on veut à tout prix éviter de gâcher la fête
avec ces fans instables.
Quoi ? Vous parlez de ce qu'ils dépensent en
restauration ?
Non, de ce qu'ils doivent payer au label pour avoir l'honneur d'être
dans la même pièce que leur groupe adoré. Ces afters sont l'occasion
pour les labels de tondre un peu plus les fans. Cela coûte autant que le
concert lui-même. Le placement à table est organisé de manière à
disperser les musiciens équitablement. Ils se retrouvent en coin de
table avec toujours des fans autour d'eux. S'il y a des groupes rivaux
dans la même salle, ils sont placés à une autre table. L'idéal, c'est
que cela se passe dans une salle avec fenêtre pour que les fans à
l'extérieur puissent contempler leur idoles en train de boire et manger.
Toutes les 5 ou 10 minutes, ça tourne : un type du label s'adresse à un
fan censé être « clean » : « Vas-y c'est ton tour. Installe-toi quelques
secondes dans la salle du groupe ».
Je reviens sur la dangerosité de ces fans. Ils pourraient déchirer les
vêtement de leurs idoles pour en prendre un bout, ou tout simplement
perdre connaissance à la vue de leur idole. Le truc, c'est qu'on leur
dit de se tenir à carreau et que s'ils restent corrects ils auront le
droit de bavarder 5 ou 10 minutes, sauf que tout le monde est bourré et
qu'il est déjà 5 heures du mat.
Wow, 5 heures du mat ? alors vous ne devez pas
avoir des fans lycéens.
On pourrait penser que ce sont des lycéens, physiquement, mais en
général, ils ont entre 18 et 20 ans. Ensuite, quand on approche des 6
heures, il est temps de mettre un terme à l'événement et à l'extérieur
du pub, les membres du groupe en profitent pour prendre le numéro de
quelques fans.
Ils ont l'intention d'avoir des relations avec
leurs fans ?
Non mais si les filles pensent que tu les aimes bien, elles vont venir
à toutes les prestations, et acheter les albums. Cela n'a pas de prix.
C'est bien connu que les musiciens sont célibataires et doivent le
rester. C'est pour laisser planer l'espoir chez les fans tout en leur
faisant cracher leur argent.
C'est bien rôdé.
De nos jours, plutôt que les numéros de téléphone, ça se passe par
email, mais c'est le même principe : on relance les fans par email pour
qu'ils soient présents aux concerts. Voilà le topo pour l'after public.
Comment se passe l'after privé ?
Sans les fans évidemment. Uniquement des professionnels du milieu :
des artistes, le staff commercial, des grosses pointures du milieu et
des filles sexy.
Vous venez de dire qu'il n'y avait pas de
fans.
J'y arrive. En fait, pour le gars qui ne connaît pas, c'est une soirée
cool pour des rock-stars. Les gars assurent, ils ont le rock, l'argent,
les nanas, mais en fait, c'est pas du tout ça. Ces filles sont des
prostituées. Elles sont là pour divertir les participants. Leur boulot
est vital et ne consiste pas seulement à la prestation que vous
connaissez. Il n'y a rien de plus chiant que ce genre d'after avec des
gars du milieu. Les artistes ne peuvent se défiler et doivent tenir
jusqu'à 6 heures du mat. Ces filles rendent le supplice un peu plus
supportable par leur conversation, et s'ils le désirent, les artistes
pourront avoir les filles après la fête. Etant donné l'état dans lequel
ils se trouvent à cette heure, il est peu probable qu'ils soient en état
de passer à l'acte. Cela ne doit pas arriver souvent. Ceux qui sont le
mieux placés pour conclure sont les cols blancs du label. Après tout,
l'after est pour eux. Ce sont eux qui ont mis en place les contrats.
Quel est le profil des membres des groupes
Visuel. Que faisaient-ils dans la vie avant ?
Ils sont recrutés assez jeunes, vers 17, 18 ans. Aucun artiste
expérimenté n'accepterait de signer pour un label visuel. Le profil
type, c'est le petit voyou sans diplôme. Ils n'ont pas tous un casier
judiciaire, mais ils viennent tous de familles défavorisées. Ce ne sont
pas nécessairement des fans de glam-rock, mais l'idée de devenir des
rock-stars ne les laisse pas indifférents. Ils espèrent bien apprendre à
jouer de la guitare. Comme le visuel semble vendeur, ils pensent qu'il
sera bien plus rapide de percer par ce style plutôt que d'aller vers
d'autres styles Rock. En fait, ce sont les maisons de disques qui
entretiennent ce mythe via leur main mise sur les médias.(voir aspect 1
signalé en haut de page)
Si le boulot d'une maison de disques est de vendre une image, ils
doivent aussi être capables de sublimer l'image de leur propre société
en se faisant passer pour la société qu'il faut rejoindre pour réussir.
Ce que j'ai trouvé de plus ironique au début, c'est de voir les membres
des groupes, connus pour être des petites frappes, virils jusqu'à l'os,
accepter de se transformer en fillettes androgynes.
Ils ont tous accepté sans broncher de passer
par l'étape maquillage-cosplay ?
Ils savaient déjà ce qui les attendait. Personne ne les a forcés.
Avant de devenir musiciens, certains ont l'occasion de commencer par le
boulot dans le staff technique. Lorsque leur expérience a été validée,
ils peuvent éventuellement être retenus pour la création d'un nouveau
groupe. Ils pourront toujours revenir dans le staff technique si le
groupe se casse la gueule.
Comment se passe le recrutement ?
Les labels pratiquent le débauchage. Ils cherchent à recruter parmi
les groupes déjà existants mais qui piétinent. Cela consiste à persuader
un musicien de quitter son groupe tout pourri pour faire partie d'une
dream team. On leur dit qu'ils sont seuls dans leur groupe à avoir du
talent et qu'avec notre label, ils pourront décoller, ce qui
généralement reste une vaine promesse. Pratiquer le débauchage n'est pas
toujours sans danger. Il y a le risque de se faire péter la gueule par
les autres membres du groupe. Cette pratique est la cause de pas mal de
bagarres entre les groupes Visuel.
Ils débauchent au sein d'un même label ou de
labels rivaux ?
Généralement chez les rivaux, ou parmi les groupes sans label. Il peut
arriver qu'un type soit débauché pour rejoindre un groupe du même label,
si le groupe d'origine n'est pas rentable. Vous comprenez maintenant
pourquoi pas mal de petits groupes subissent de fréquentes
restructurations ou disparaissent subitement. Les groupes sont tout sauf
stables. Pour illustrer ce point, je vais vous parler de DIR EN GREY.
Kizaki était d'abord membre de LA'SADIES. Le label l'a contacté et lui a
proposé d'intégrer un groupe plus important. N'imaginez surtout pas que
c'est DIR EN GREY qui s'est formé suite à une réflexion dans une cave.
Tout est le fruit d'une stratégie du label.
Le type du label se pointe avec un concept
prêt à l'emploi et recrute en fonction ?
Non, dans un premier temps, il prospecte pour mettre la main sur les
musiciens les plus populaires. Le concept du groupe vient après. Si
vraiment, les membres ont de l'expérience, ils peuvent éventuellement
participer à l'élaboration du concept du groupe.
Parlez-nous de ces fameux concepts !
Chaque groupe a son propre concept, sa propre histoire. Le concept
s'exprime non pas dans la musique mais dans les paroles des chansons et
l'aspect physique du groupe. Il peut s'agir d'un thème vampire, zombie,
noblesse décadente ou autre...
Quel serait le concept du groupe
l'Arc-en-Ciel, par exemple ?
Eh bien, je dirais, une musique qui nous vient directement du ciel. Un
concept mêlant de la lumière aux nuages. Je ne parle pas de ce qu'ils
font maintenant, mais souvenez-vous qu'à leurs débuts, ils s'habillaient
tout en blanc. Il y a aussi des groupes qui n'ont même pas de concept.
Quoi ?
Ce n'est pas nécessaire s'ils sont déjà dans le réseau de machinistes.
De quoi s'agit-il ?
C'est un autre phénomène intéressant du Visuel. Je vais vous donner un
exemple. KUROYUME était un groupe de rock Visuel. Ce sont leurs
machinistes qui ont formé le groupe DIR EN GREY en reprenant leur image.
Ainsi de suite, les machinistes de DIR EN GREY ont formé le groupe
GAZETTE. Vous avez aussi MALICE MIZER dont l'un des machinistes
s'appelait Kamijo. On le retrouve un an plus tard dans le groupe LA
REINE, qui à maints égards ressemble à MALICE MIZER. En fait, le label
qu'il a lancé produisait des groupes qui étaient des ersatz de MALICE
MIZER. Il y a donc un processus de repompage en boucle.
Ok, alors, le label a trouvé les petits gars,
leur a donné des instruments et le concept est mis au point. On en
arrive au plus intéressant : le contrat.
Les contrats sont oraux. Rien n'est écrit. On peut pas mettre sur
papier des clauses qui expliquent qu'en cas de non respect du contrat,
vous allez être black-listé et banni du milieu.
Qu'est-ce qui peut mener à une rupture de
contrat ?
Dire du mal du label, de son boss, ou piquer la copine de son boss, et
poser des questions ayant trait au salaire et à la gestion commerciale
des royalties.
Ils n'ont pas de contrat papier, mais ils
touchent bien quelque chose de par leurs concerts et ventes de dérivés,
non ?
Les membres des groupes voient leurs frais pris en charge :
l'alimentation, les transports, les vêtements, et parfois le logement.
Il est déjà arrivé que 12 gars se retrouvent à partager un appartement
avec 2 chambres. Pour ce qui est de la rémunération, les groupes ne
touchent rien. Ils ont la promesse de toucher de l'argent une fois
qu'ils passeront en Major, mais même s'ils y arrivent, seuls les
formations les plus célèbres gagnent beaucoup. Le salaire moyen d'un
petit groupe en major est inférieur à ce que gagne un caissier à la
supérette du coin. Après un concert, les bénéfices sont partagés entre
le label et la salle de concert. Quant aux T-shirts vendus, ça se passe
entre le label et la société textile. Pour le label, la vente des
T-shirts est un business interne qui ne concerne en aucun cas le groupe.
Les musiciens ne peuvent rien faire ?
Après tout ce que le label fait pour eux ? Le label a planifié leur
carrière et beaucoup investi pour eux : séances photos, passages à la
radio, articles dans les magazines, création de costumes,
enregistrements des albums, répétitions en studio... Après tout ce
qu'ils font pour vous, vous ne pouvez que faire profil bas.
Et tout cet investissement de la part du
label, permet-il de trouver une rentabilité rapide ? Si par exemple, un
groupe n'est pas rentable, au bout de combien de temps est-il lâché par
le label ?
Tout dépend de la somme investie. Il faut de petits groupes, ne
serait-ce que parce qu'ils sont composés des machinistes indispensables
aux groupes plus importants. Certains groupes ne sont pas conçus pour
devenir de plus grosses structures. On maintient ces groupes même s'ils
rapportent peu. D'autres, au contraire, sont prévus pour percer. On
prévoit un jour de les revendre à une maison de disque Major. Qu'importe
si en attendant, si le groupe ne rapporte pas encore.
Vous voulez dire que le but de tout ça, c'est
de revendre les groupes indies à des Majors ?
C'est cela. C'est ce qui rapporte le plus au label.
Et comment ça se passe ?
Ce n'est pas comme en Occident où le groupe quitte la scène
indépendante pour signer avec une grosse maison de disques. Ici, le
label indies vend une licence, permettant au Major de produire un ou
plusieurs singles. Le groupe est toujours la propriété du label indies
et continue de gérer son fonctionnement, mais cette fois-ci, ils
bénéficient d'une couverture médiatique de premier ordre (accès à la
télé, production massive de CD...). C'est la maison de disque major qui
prend tous les risques financiers. Les labels se partagent les frais de
publicité mais puisque le groupe vend déjà considérablement plus de CD,
l'affaire est déjà rentable à ce niveau.
Et si jamais un membre du groupe veut se tirer
au moment où le groupe marche et est rentable ?
Le gars va au devant de gros problèmes. Il y a deux façons de se
retrouver dans la merde : soit tu es black-listé, ce qui peut durer
plusieurs années, soit tu tombes sur les petits bras musclés des
malabars du label. Les gars qui veulent se tirer auront beau changer de
nom de groupe, peu de chance qu'ils puissent trouver une salle où jouer.
Encore, si c'est un groupe peu rentable, tout le monde s'en fout, mais
si l'on parle d'un groupe qui rapporte, le label ne montrera aucune
pitié envers les déserteurs.
Et si jamais les musiciens se retrouvent dans
l'impossibilité de jouer suite à un accident, ou bien qu'ils ont manqué
de respect envers le directeur du label ?
C'est déjà arrivé. Juste démissionner peut vous valoir des
représailles physiques. Je parle du milieu indies. Pour les Majors,
c'est différent.
En parlant des Majors, vous
êtes sûr que ce n'est pas déjà arrivé ? J'ai souvenir d'un chanteur
visuel ayant quitté son label pour devenir un chanteur pop qui vend des
millions de disques en reprenant entre autres des airs écrits par ses
anciens collègues. Et quand ces derniers ont réclamé leur part, ils ont
fini par…
Alors là, je vois pas du tout de quoi vous parlez. (répond le gars en
faisant le signe d'un tranchage de sa propre gorge)
Imaginons le cas où nous serions dans les
années 90 à la tête d'un petit label Visuel, combien de nos groupes
pourraient suffisamment percer et avoir les fonds pour sortir un 2e
album ?
Un sur 10 si on était dans les années 90. Un sur 30 de nos jours.
Quand le label met-il fin à un groupe ?
Un groupe a une durée de vie d'un ou deux ans. S'ils piétinent au
niveau popularité ou des finances, il y a séparation du groupe. La
plupart essaient de continuer l'aventure avec d'autres groupes.
En Occident, quand un groupe est lâché par son
label, il peut garder son nom et poursuivre ses activités. Qu'en est-il
au Japon ?
Ici, seul le label a accès au réseau. Sans label, ils n'auraient même
pas pu se former. Le label a construit leur image, conçu leur nom. Tout
lui appartient. Même dans le cas où vous auriez monté votre propre
groupe et obtenu un contrat, comment comptez-vous financer vos disques,
ou apparaître dans un magazine, où faire une campagne de pubs ? Cela
coûte de l'argent.
Est-il vrai que les groupes n'ont pas le droit
d'avoir des groupies parce que cela nuit à leur image ?
Plus précisément, il est interdit d'avoir des petites-amies.
Cela se limite au visuel ou bien c'est pareil
chez les Majors, comme j'ai pu voir avec toute cette histoire autour du
groupe SMAP ?
Je vais pas m'engager sur le cas SMAP, mais ne pas avoir de
petite-amie est la règle dans un milieu où l'on vend davantage une image
que de la musique. Garder un contrôle total sur l'image et la vie des
membres du groupe est primordial. Bien sûr, les temps ont changé et avec
la récession, le milieu visuel n'a plus un aussi gros budget pour la
promotion. L'industrie du Visuel s'adapte en laissant les artistes
interagir un peu plus avec leur public. Le label se décharge donc un peu
de la partie promotion au profit du groupe, qui fait ça gratos. Ils ont
pour mission de monter leur fan-club sans aide. Ce sont eux qui
contactent leurs fans par email pour leur demander de venir aux
concerts. C'est pas différent de ce que l'on voit dans les clubs
d'hôtes. C'est vraiment de la prostitution.
Bon mais alors, ils ont des petites-amies ou
pas ?
Non, le règlement, c'est le règlement. S'ils en avaient, ils
consacreraient moins du temps pour le boulot. Il existe aussi un risque
conséquent que la copine dévoile des secrets aux fans. L'autre problème,
c'est qu'une fan avec laquelle vous n'ayez jamais conclu, est une fan
qui continuera de venir aux concerts. Si vous lui donnez ce qu'elle
veut, elle arrêtera de venir systématiquement. Là aussi, cela fonctionne
comme les clubs d'hôtes.
J'allais le dire. Parlons maintenant du style
de vie des groupes.
Les membres du groupe vivent dans l'environnement clos de la maison de
disque. Comme ils n'ont pas de revenus, ils n'ont généralement pas leur
propre appartement. Il arrive qu'ils habitent tous ensemble dans un
grand appartement. Parfois, vous avez plusieurs groupes cohabitant dans
le même espace. Chez les petits labels, plusieurs groupes se voient
contraints de vivre au même étage, mais cela ne dure pas. Avec
l'activité des groupes, le turn-over domine. Dans la plupart des cas, je
dirais qu'on retrouve des types d'un même groupe se partageant un
taudis.
Donc, je récapitule. Ils n'ont pas de revenus
et vivent serrés dans des appartements. Ils ne peuvent pas bosser à côté
?
Ils pourraient le faire mais aussi faudrait-il en avoir le
temps, entre les tournées incessantes, les passages à la radio, les
interviews pour les magazines...
Aux Etats-Unis, on a déjà vu des musiciens
prendre des jobs classiques entre deux albums.
Oui, mais ici c'est le Japon. La majorité des groupes n'existe que
depuis quelques mois. Ils doivent rester actifs s'ils veulent qu'on les
remarque. Le public japonais demande du neuf. Un groupe juste capable de
sortir un album par an, ça n'a pas de sens, ici.
C'est pas trop dur pour le producteur de
devoir composer plusieurs albums pour chacun de ses groupes ?
On ne lui en demande pas autant. La technique, c'est juste de sortir 6
maxi singles comportant chacun 2 titres. On les vend quasiment au prix
d'un album et à la fin de l'année, on compile tout ça, et c'est ça que
l'on vend sous la dénomination d'album. Voilà, ça nous permet de vendre
les chansons deux fois.
C'est quoi un maxi-single ?
Un single classique comporte juste deux titres. Le maxi-single
contient en plus un « SE ».
C'est quoi un « SE » ?
Cela veut dire Sound Effect. C'est une sorte d'intro. Ca coûte pas
grand-chose, ce sont quelques samples MIDI rajoutés au clavier, et ça
nous permet de faire un maxi-single à 1500 yen. C'est vraiment ce que
j'appelle faire du maxi ! En plus, rien ne nous empêche d'en faire des
différents : un maxi avec une image collector, un autre avec un discours
à l'attention des fans, ou un contenant un bandeau ou une autre
babiole...
Oh mon dieu !
Ah oui, je sais, c'est fort, mais tout ça, c'est la base dans
l'industrie du Visuel. On appelle ça le syndrome 1500. C'est un prix qui
nous permet de vendre à volonté n'importe quel produit.
Alors, pour une rentabilité optimale, vous
devez sortir un maxi-single tous les deux mois et parallèlement faire
jouer les groupes quasiment tous les soirs ?
Oui avec des soirées de 21 heures à 5 heures du mat.
Avec un tel emploi du temps, on pourrait les
comparer aux salarymen japonais. Vraiment, ils n'ont pas de job à côté ?
Il y a pas mal d'histoires qui circulent sur des musiciens qui vendent
leur corps. Honnêtement, le label ferme les yeux tant que ça n'interfère
pas avec les activités du groupe. Tant que le label ne perd pas
d'argent, il laisse faire.
Comment ça, « vendent » leur corps ?! Vous
voulez dire qu'ils se prostituent dans des clubs d'hôtes, ou bien qu'ils
postent des annonces de massage dans les revues gay ?
C'est du pareil au même.
Ils n'utilisent quand même pas leur nom de
scène, si ?
Sûrement pas. Ils se débrouillent pour qu'on ne les reconnaisse pas.
Est-ce qu'il y a d'autres activités pour des
revenus complémentaires ?
Certains jouent au pachinko, ou plutôt essaient de tripatouiller les
machines du pachinko.
Quoi, ils trichent ???
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ils ont des cheveux
longs, aucun diplôme universitaire. Ce n'est pas comme s'ils avaient le
choix. D'autres bossent de nuit dans les combinis. Ceux qui se
prostituent ne le font pas tous les jours. C'est plutôt de manière
occasionnelle pour boucler les fins de mois difficiles.
Oui, mais s'il est plus facile de vivre de la
prostitution, dans ce cas pourquoi rester dans le groupe ?
Pour la gloire. La célébrité est une motivation autrement plus forte
que l'argent.
Il vous est arrivé de sortir vous amuser avec
les membres d'un groupe.
Bien sûr.
Alors, ils sont comment, en dehors du fait
qu'ils sont crevés ?
Hahaha ! En fait, dans le groupe, il y a toujours un gars à fond dans
son trip, prêt à porter des trucs gothiques tout le temps. Les autres
s'habillent « casual ». Tout dépend des labels.
Et les producteurs, ils se la pètent avec des
bolides rutilants ?
Certainement. Voitures, maisons... tout est bling-bling chez eux. Mais
ça, c'est pour les gros labels. Les autres, ils se contentent de taudis
et se font constamment rouler par la maison mère.
Qu'en est-il des prises de bec entre les
groupes ?
A la base, on ne se bagarre pas avec les groupes de son propre label,
mais il y a bien de la castagne. Je vous ai parlé tout à l'heure des
bastons liées au débauchage, mais vous avez aussi celles avec les
groupes des labels rivaux, et ceux avec les groupes sans label...
Qu'est-ce qui pourrait encore provoquer une
baston ?
Voler des fans par exemple. Il arrive que deux groupes aient un son et
une image similaires. Ils sont donc en compétition pour le même public.
Dans ce cas, l'un peut essayer de recruter les fans de l'autre, ou
tenter de voler les adresses d'une mailing list de fans. Tout ça finit
par se régler avec les poings.
Pourriez-vous me parler de la
méduse ?
Ah, ça c'est un type de coiffure japonaise qui nous vient des années
80. Imaginez une grosse tignasse bien touffue à laquelle on a rajouté
des extensions. Cela permet de faire un head banging avec un effet
visuel garanti. Je vais vous dire un truc très important. Les gars
signent pour faire du rock à la base. Ils aimeraient bien se passer de
tous ces costumes et de ces perruques. C'est plus un fardeau qu'autre
chose. Dès qu'ils passent en major, ils laissent tomber tout cet
attirail.
Ah oui ? C'est pas plutôt pour s'adapter au
grand public ?
Nan. Ils n'attendent qu'une chose. C'est de larguer tous ces trucs. Et
puis, c'est lourd. Les groupes voudraient qu'on les aime pour leur
musique plutôt que sur leur apparence.
Voilà, on arrive à la fin de cet entretien.
Merci pour votre patience et ces informations très instructives.